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EBook - Vivre A Puerto Plata

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Chapitre VI
Gare Aux Voleurs

 

Il n’y a pas longtemps, à la rue « Separación », dans le secteur commercial de Puerto Plata, j’ai failli me faire attaquer. Il était à peu près 3 heures de l’après-midi, je marchais paisiblement, tenant négligemment en main une petite enveloppe blanche. Sans me douter une seconde, que cette enveloppe remplie de factures aurait pu attiser la rapacité des voleurs à l’esbroufe et des pickpockets, je déambulais sereinement, tout en observant d’un œil distrait les belles maisons antiques de la ville.

Soudain, un jeune motard qui pensait sans doute que mon enveloppe contenait de l’argent, s’arrêta brusquement, descendit de son véhicule, et me salua d’un « Oye » aussi sonore que discourtois. Je m’immobilisai, et, d’un air méfiant, je le regardai droit dans les yeux. Tandis qu’il lorgnait mon enveloppe pour essayer d’en deviner le contenu, l’homme me demanda d’une voix rocailleuse:

- Señor, savez-vous où se trouve le local du Parti Révolutionnaire?

Par malchance, la rue était presque déserte, et le bonhomme avait la possibilité de mettre le grappin sur mon enveloppe, ou encore de subtiliser mon portefeuille, sans se préoccuper des rares personnes qui pouvaient le voir.

Rapidement, je me composai un visage de circonstance, et je lui répondis d’une voix quatre fois plus gueularde que la sienne:

- Non, non, et non. Je n’en sais rien. Adressez-vous à quelqu’un d’autre.

Avec ma barbe broussailleuse, et mon regard intentionnellement meurtrier, ma vocifération produisit l’effet escompté. Le filou courut vers sa moto, l’enfourcha, et s’éloigna sans demander son reste.

Je parie tout ce qu’on voudra que ce chenapan frustré m’avait pris pour un fou furieux et violent, récemment échappé d’un hôpital psychiatrique.

Je profite de cette occasion pour recommander aux habitants de Puerto Plata d’être très vigilants. Pas plus tard que la semaine dernière, en faisant la queue dans un bureau pour payer une facture, j’ai vu quelqu’un sortir de la poche de son pantalon une liasse de billets de banque que, en toute candeur il se mit à compter. Je ne sais si cet insensé désirait impressionner ses compagnons de file, ou s’il voulait simplement supputer les dépenses qu’il allait faire. Quoi qu’il en soit, je suis certain que cet imprudent a commis une bourde monumentale, en faisant savoir à tous ceux qui l’observaient qu’il trimbalait une confortable somme dans sa poche.

Cette attitude irréfléchie et aberrante aurait pu générer pas mal de problèmes. L’un des témoins de ce grotesque étalage aurait pu agresser le possesseur malavisé de cet argent dans une rue peu passante, et lui soutirer la totalité de son avoir.

En résumé, dans la mesure du possible, nous devons éviter de tenter les voleurs. Parfois, sans que nous nous en rendions compte, c’est nous qui leur inspirons leur prochain coup, en exposant ingénument trop d’argent à leur vue cupide. A ce propos, j’ai noté que la majorité des caissiers et caissières de Puerto Plata se croient invulnérables et inattaquables, sans doute à cause de la présence protectrice, à deux ou trois mètres de leur caisse, d’un agent de sécurité armé d’un fusil.

Fréquemment, avec la plus grande désinvolture, ces caissiers et caissières font leurs comptes, sous le regard attentif des clients. Ils ont devant eux un monticule de billets qu’ils manipulent en toute tranquillité. Ils semblent oublier que l’occasion fait le larron. Le spectacle effarant de tous ces billets crissants peut donner des idées très osées à un jeune chômeur désespéré , par exemple. Aiguillonné par l’appât d’un gain immédiat, ce jeune chômeur peut revenir avec des compagnons délinquants. Et comme cela s’est déjà vu plus d’une fois, ces bandits n’hésiteront pas à descendre l’agent de sécurité, avant de passer à l’action. Comme quoi, bien souvent, la protection d’un agent de sécurité est simplement illusoire, ou plutôt incomplète.

Avant de terminer ce chapitre, je veux vous parler succinctement d’une catégorie de voleurs que je viens tout juste de découvrir: Les rats d’hôpitaux. Cette engeance astucieuse s’introduit dans les chambres d’hôpitaux, sous le fallacieux prétexte de s’informer de l’état des malades. Cependant, très souvent, ils tombent sur une ou deux personnes terrassées par le sommeil. Les parents ou amis qui tiennent compagnie aux malades succombent parfois à l’ennui et à la fatigue, et s’endorment profondément. Il n’y a plus qu’à rafler en toute quiétude les sacs à main qui traînent sur un fauteuil ou une table de nuit.

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